SAUVEGARDE ET VALORISATION DU PATRIMOINE FRUITIER LOCAL

ARIEGE - AUDE - vallée de l'Hers
 
     
 

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Compte-rendu de la journée de formation professionnelle :
la production et la commercialisation de fruits d'anciennes variétés
(14 janvier 2009)

 

Lors de la formation professionnelle du 14 janvier 2009 organisée par ATOUTFRUIT à Puivert, M. Colici, Président de l'association Fruits Oubliés (voir le site Internet), propriétaire et gestionnaire des Jardins d'Escoubille (important verger conservatoire d'Oliviers, raisins, kakis etc. dans la région de Lodève) a présenté son analyse de la production et de la commercialisation des fruits d'anciennes variétés ainsi que d'autres fruits moins connus.

 

Valoriser les anciennes variétés
M. Colici débute son exposé en partant du principe qu'il faut exploiter en premier les ressources locales c'est-à-dire les variétés locales sur place et proches en utilisant des porte-greffes adaptés à son sol et au climat (par exemple, résistance au vent).
Pour le choix des variétés, il considère 3 critères principaux :
la qualité gustative
la résistance aux maladies
la faible exigence en eau.
Le but étant de produire de la qualité avant tout.

Il recommande également
- d'élargir la saisonnalité du fruit. Exemple : la cerise Blanchard est mûre début avril et la Sainte Agathe en novembre,
- de travailler l'aptitude au séchage et à la conservation facile : des variétés se conservent longtemps comme la poire catalane " fleur d'hiver " qui se garde 4 mois. Le séchage permet d'étendre encore plus la période de vente du fruit,
- d'être indépendant des pépinières et de reproduire les arbres fruitiers par graines et marcottage,
- de développer la capacité multi-usages des plantes. Par exemple, les raisins permettent d'avoir une production alimentaire et de réaliser une pergola, - d'utiliser les déchets de production comme alimentation du bétail par exemple. On peut citer les déchets de presse des olives qui permettent de produire des tourteaux pour le bétail.

La rentabilité d'un verger mené en agriculture biologique ne peut être assurée que par le recours à la mécanisation douce. Ainsi, des peignes à olives permettent de respecter l'arbre et de récolter efficacement les olives. Ce même appareil peut servir à récolter les amandes.

M. Colici incite à travailler le goût et les utilisations culinaires afin d'étonner les amateurs. Par exemple, une olive, l'amelenc (occitan) -qui signifie amande car cette olive a une forme oblongue d'amande- dans un ragoût donne un goût étonnant de rose au plat, c'est une variété qui fut appréciée par les Anglais au XIXe siècle.
Ainsi, il est possible de donner une visibilité particulière du fruit. Slow Food (voir le site Internet, une association qui lutte contre la standardisation des goûts) permet de travailler cet aliment avec des restaurateurs de renom, de le faire goûter aux consommateurs et de le présenter aux médias.
Le fruit doit aider à développer le côté identitaire de la production c'est-à-dire qu'il doit faire appel au paysage, à la biodiversité et aux traditions : une variété ancienne possède un caractère culturel, elle comporte une histoire et il est intéressant ainsi de relever le maximum d'informations (création, cheminement à travers les territoires, usages antérieurs …).

Il est possible de trouver des fruits d'anciennes variétés avec des caractéristiques extrêmement intéressantes. Exemple : la pêche Rouge du Languedoc produit beaucoup de fruit et ne souffre pas de la cloque.
Toutefois, on peut reprocher à juste titre aux anciennes variétés une mise à fruit plus longue.
Il est regrettable d'ailleurs que les collectivités publiques ne s'engagent pas plus dans le soutien aux conservatoires botaniques, sachant que de son côté, le conservatoire de Porquerolles voit son avenir menacé à court terme.

Les anciennes variétés, d'après un récent congrès de médecine, comportent des taux beaucoup plus importants de phycocyanine que les variétés classiques. Ce composé active le système immunitaire et est un puissant anti-oxydant. Ces anciennes variétés pourraient, à ce titre participer, à la vague des " alicaments ", et il serait alors intéressant d'utiliser cet argument marketing pour convaincre les clients de les acheter.
Ces mêmes professeurs de médecine estiment que, dans un objectif de santé publique, il est nécessaire que l'agriculture devienne dans les 20 ans intégralement biologique.




Commercialisation des anciennes variétés
M. Colici recommande de :
- créer des évènements autour du fruit : des foires aux figues, aux olives remportent un grand succès dans le Gard et l'Hérault. On fait alors venir le consommateur sur place ce qui évite de passer du temps en envois et en logistique et permet de développer un contact rapproché et convivial avec le client qui recherche l'authenticité.
- participer aux projets de magasins de vente collective ou maisons du terroir. Des producteurs se réunissent pour fonder un lieu de vente avec une présence régulière de ceux-ci afin d'avoir un contact direct avec la clientèle.
- diversifier au maximum également la transformation. M. Colici produit 8 huiles différentes ce qui permet de répondre à tous les goûts donc de vendre plus. Par ailleurs, il signale que l'Union Européenne a prévu des aides à la transformation et qu'elles ne sont pas assez utilisées en France.


Diversification de la production fruitière
M. Colici apporte de nombreuses informations sur des espèces de fruits moins développées, sans s'attacher particulièrement au caractère ancien des variétés :

- Le kaki, un fruit d'hiver, fait part à l'étranger d'un grand intérêt de la part des médecins pour ses enzymes anti diabète et ses anti oxydants. Des propriétés insecticides intéressent de son côté l'entreprise Lapeyre dans le cadre du traitement du bois et le Musée du Louvre au sujet de la conservation des tableaux des grand maîtres !
Il existe 400 variétés de kakis et elles ne sont pas toutes astringentes comme on les trouve souvent en France. Elles résistent, de plus, bien au froid (pour certaines jusqu'à -35°C). M. Colici possède une impressionnante quantité de variétés de kakis et de nombreuses personnes le sollicitent sur le sujet, (voir ce site Internet)

- le grenadier, dont certaines variétés sont sans pépins, est un alicament recherché pour ses propriétés dans la lutte contre le cancer du sein, de l'utérus et de la prostate. Les USA, Israël, Australie, l'Afrique du Sud sont des pays dans lesquels cette culture se développe fortement.
Biocoop a signé un contrat de 5 ans avec deux agriculteurs de l'Hérault pour réserver la totalité de leur production afin de produire du jus de grenade,

- l'argousier, dont le fruit est bon pour la peau ou apprécié en jus, possède un débouché intéressant dans la cosmétique (notamment avec la marque cosmétique biodynamique suisse Weleda),

- il y a un déficit de production d'amandes en France qui ne peut satisfaire, avec la production nationale, que 2 % de la demande de l'industrie agro alimentaire et des pâtissiers. Quant à l'olive même remarque avec 5 % de la demande intérieure satisfaite...

- l'asimine et les agrumes rustiques sont également à étudier, mais, selon notre intervenant, moins intéressants que le kaki et plus " snob " !

- des variétés de vignes restent encore à explorer :
par exemple, Vitis labrusca Isabel est une variété très particulière : délicieuse, productive et ne nécessitant aucun traitement. Transformée en vin, la bouteille se vend à 7 € et les clients se l'arrachent. Mais cette variété est normalement interdite, soi-disant parce que le vin rend fou ! Des variétés " seedless " pour faire des raisins de Corinthe : couramment il ne s'en cultive qu'une seule variété, la sultamine, qui doit être beaucoup traitée, alors que M. Collci en possède 35 variétés ne nécessitant aucun traitement !


En conclusion,
M. Colici, au sujet des anciennes variétés, recommande :
- d'aller jusqu'au bout de l'acte de production (produire en AB, vendre, créer des utilisations, réutiliser les déchets)
- être créatif
- oser et ne pas dépendre des subventions rattachées aux productions classiques


Nous remercions le musée de Puivert (voir le site Internet) pour le prêt de la salle où s'est déroulée cette matinée.

Retrouver les idées et thèmes développés par Raphaël Colici sur ce film en cliquant ici



De la théorie à la pratique : l'après midi de cette journée a été consacrée à la visite de la pépinière de Jean-François Burri à Brenac, spécialiste des variétés anciennes et rustiques (voir le site Internet).



Les variétés qui ont été dégustées ce 14 janvier sont les suivantes :
- Belle Fille de Salins
- Calville Blanche d'Hiver
- Court Pendu Rouge
- Carabille
- Blanche d'Espagne
- Pomme Cloche
- Reinette du Mans
- Reinette Grise Française



 

 

 

Association ATOUT FRUIT
1 Chemin de la Mestrise
09500 MIREPOIX

Président : Vincent Dumeunier
vdumeunier@yahoo.com
tél : 06 31 91 68 53

Animatrice : Claude Fressonnet
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